mercredi 20 février 2013

Django

Les États-Unis et le western c'est une longue histoire. Sans doute le style qu'ils ont le plus exploité, à un point qu'on confond souvent le maître et son oeuvre. John Wayne ne représente-t-il pas, à lui seul, la conquête de l'Ouest?

Longtemps caricatural (les gentils blancs, les méchants indiens), la donne changea avec quelques films, en une spectaculaire redistribution des cartes. Le premier choc eu lieu avec Soldat Bleu, un film de 1970. Tout commence par un massacre en règle d'une colonne de soldat convoyant un chargement d'or par les indiens. Puis s'ensuit une bluette en forme de road movie remplie d'humour entre un soldat survivant et une squaw qui apprennent à s'apprivoiser. Le tout parvient à nous faire oublier le bain de sang du début, jusqu'à la scène finale, l'attaque du camp indien par les soldats bleus. Un summum de sauvagerie et de barbarie, qui nous démontre à merveille que les plus révoltants ne sont pas ce que l'on croit.

Puis vint Kevin Costner. Play boy ayant accédé à la notoriété dans un western honorable (Silverado), descendant de Cherokees, essayant sa première réalisation. On pouvait en espérer au mieux un bon film, au pire un western lénifiant sur les indiens et leur injuste massacre par les méchants blancs. Mais Danse avec les Loups fut, au delà de toute attente, un chef d'oeuvre. Reprenant à la source les mythes de l'Ouest Sauvage, débutant en pleine Guerre de Sécession pour s'achever sur la fin de la Conquête de l'Ouest, il brosse un portrait humain des Indiens, nous fait toucher leur vie et leur culture au plus prêt.

Faire mieux était (et demeure) impossible, faire pareil aurait été absurde. C'est pourquoi les réalisateurs prirent des chemins de traverse, de ceux ponctués de crotales, de crâne de buffles et de coyotes, mille putois!

Puis arrivèrent, d'une ville sans nom, un réalisateur survolté et son équipe d'outlaws. Une fois réquisitionné, à la force du colt, le saloon-palace local, ils y établirent leurs quartiers et chassèrent de la ville tout ce qu'elle comptait comme représentants de l'ordre, shérifs et autres empêcheurs de flinguer en rond. Ce n'est qu'à ce moment là que, entre deux lampées de whisky sec et deux paires d'as truquées, il dit son nom aux quelques courageux présents: "je m'appelle Tarantino, et je cherche un homme, un certain Django."

Django Unchained, blood on celluloïd 

Il y avait longtemps qu'il tournait autour du pot. Qu'il minaudait, l'air de ne pas y toucher, balançant ses références comme des jetons sur le tapis vert, avec une désinvolture feinte mais de celles qui agace les nerfs. Nombreux fûrent ceux qui essayèrent de lui faire cracher le morceau, mais ils furent tous balayés d'un simple "plus tard, quand je le voudrai vraiment."

Ses films étaient pourtant remplis de références. Duels au revolver, héros solitaires et gunfights sanglants. Une fois, il invita même une bande de jay-hawkers à la fête, et leur fît scalper des nazis sous les ordres d'un drôle d'Apache moustachu.

Tout ça sentait le réchauffé, le whisky frelaté, et l'eau tiède qu'on sert dans les bouges de la frontière en guise de bain. Il était temps de prendre le taureau par les cornes, de lui serrer les cojones et de voir s'il en sortait encore du lait.

Le western à la sauce Tarantino est comme les steaks au piment que sert le Chinois de service en bordure de la voie de chemin de fer, il ressemble à ces bouteilles à deux dollars que le cow-boy s'envoie après avoir galopé toute la sainte journée pour convoyer un troupeau à Abilène.

Un esclave qui devient tueur à gage pour délivrer sa femme, un tueur froid qui devient humain par la force des choses, et un authentique salopard qui ne changera jamais, sauf à avoir le buffet rempli de plomb. Une histoire classique dans l'Ouest. Mais des punchlines aussi efficaces que des barillets entiers, une approche quasi documentaire de l'esclavage, évitant tout angélisme, et des rebondissements bienvenus au moment où l'intrigue commence à ronronner (quitte parfois à en faire un peu trop). Un western salé comme le sont les mines pour attirer le chaland et faire vendre un claim pour un prix modique.

Des grands espaces, une musique signée par le meilleur et faisant le lien entre la tradition et la nouveauté, tous les codes sont respectés tout en innovant. Légendes germaniques, ethnologie à deux sous et histoire d'amour shakespearienne s'invitent au banquet entre deux assiettes d'haricots au lard tiède et deux cafés noirs préparés au fer à cheval.

Tarantino redéfinit les codes du western à sa sauce, nous offrant un décapage sans pareil d'un des styles les plus anciens et les plus emblêmatiques du cinéma US.

Le soleil se couche, la poussière vole dans les rues désertes de l'ancienne bommtown abandonnée, et monte sur son cheval l'homme qui change le plomb en or.


Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire