mercredi 8 janvier 2014

Quenelles

La quenelle est un plat typique et délicieux des Monts du Lyonnais, à base de brochet, qu'on peut savourer dans les "bouchons", restaurants gastronomiques de la capitale des Gaules.

Un plat qui commence à avoir un sérieux goût de rance depuis qu'un "humoriste" douteux, patibulaire mais presque, en a fait une pâle imitation du salut nazi. Vers le bas, pour bien montrer le sens de sa pensée.

Dieudonné, incarnation volontaire de l'antisémitisme le plus décomplexé, star des médias. Complaisants à son égard, car trop contents d'avoir du croustillant à se mettre sous la dent entre deux inévitables marroniers.

Dieudonné, cristalisant la haine et le rejet de l'ennemi historique d'une frange non négligeable de la population, depuis des siècles. Comique provocateur pour les uns, insupportable antisémite nauséabond pour d'autres.

Prenons un peu de recul, voulez vous?

Nous sommes à la croisée des chemins, une époque charnière, qui vit un profond changement à l'œuvre. Un bouleversement de notre mode de vie et de notre modèle de société. Une perte progressive des repères existants, pour en construire d'autres, plus adaptés à cette page de l'histoire. Car enfin, il faut vivre avec son temps, qu'on le veuille ou non.

Dans une époque aussi troublée, la majorité des gens cherchent un bouc émissaire, cristalisant les frustrations et le désarroi dont ils sont victimes. La rengaine "c'est pas nous c'est eux" a encore de beaux jours devant elle. Malheureusement.

Les juifs en savent quelque chose, eux qui, avec les Tziganes et autres "voleurs de poules", ont fait les frais de la plupart des bouleversements de l'Histoire récente.

Si j'ai mentionné tout cela, en parlant de Dieudonné, c'est pour illustrer qu'il n'est que l'instrument de quelque chose de plus profond, quelque chose qui, peut-être, le dépasse.

À la question polémique du moment: faut-il interdire ses spectacles et le réduire au silence? Piétinant ainsi la sacro sainte liberté d'expression? Ma réponse est oui.

Notre pays s'est bâti sur un certain nombre de valeurs inaliénables. Liberté égalité fraternité, respect de l'autre dans la totalité de sa personnalité, humanisme, entraide. Pour celles qui concernent ce qui nous préoccupe.

Désigner à la vindicte populaire une catégorie de personnes de par leur croyances religieuses revient à nier ces valeurs. Donc, à nier ce pour quoi notre pays existe encore.

On peut rire de tout, mais pas avec n'importe qui. J'ai moi-même un humour très noir et provocateur, ceux qui me connaissent peuvent en témoigner. Mais, que je meure si je mens, je ne désigne jamais une catégorie de personnes. Généralement, je mets tout le monde dans le même sac, comme ça c'est plié.

Dieudonné se heurte à un autre problème: celui d'être une personne publique. De fédérer une frange de la population autour de lui, et d'exercer, qu'il le veuille ou non, une certaine influence sur eux. Il en va ainsi du succès, où chaque mot prononcé devient parole d'évangile pour qui y croit.

Ce statut d'homo plebis oblige à une réserve quand à ce qu'on exprime. Dieudonné, lui, semble avoir choisi de faire l'exact opposé, lui qui a érigé l'humour antisémite en système.

Pour toutes ces raisons, il faut interdire ses spectacles, et le traduire une bonne fois devant les tribunaux, lui qui ne trouve pas juste de payer ses amendes (65 000€, plus 25 000 de dommages et intérêts à la Licra), et préfère mettre ses fans à contribution (ce qui prouve, en plus, tout le respect qu'il leur porte).

J'ai conscience que cet article me causera des inimitiés, mais je tiens à continuer à défendre des valeurs que j'ai appris à aimer, et pouvoir regarder mes amis juifs dans les yeux quand je les vois.


Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire