jeudi 18 décembre 2014

J'ai choisi de vivre la nuit

Je vis la nuit depuis longtemps maintenant, hormis quelques intermèdes diurnes tout à fait indépendant de ma volonté.
Cela n'est pas une question d'occupation, du genre "mais qu'est ce que tu fais la nuit?"
C'est une question de vue, de vision, de diffraction et de réfraction, de projection rétinienne.

La lumière du jour donne tout à voir. Elle ne masque rien, et c'est bien là qu'est le problème.
Car enfin, que voyons nous, aux heures pâles de la journée?
Des sourires fêlés ; des regards éteints ; des visages blafards ; des voix cassées, brisées ; du béton lézardé ; du verre voilé, fissuré ; du lierre rampant sur les ruines de nos rêves ternes.
Nous voyons un monde en train de mourir, lentement et irrémédiablement.

J'ai choisi de vivre la nuit par goût des ombres. Elles sont un écran, où je peux projeter les images d'un monde plus supportable, plus vivable. Un monde où il resterait de l'espoir, un monde où les gens ne seraient pas résignés à leur destin, bestiaux qu'on mène à l'abattoir sans même un bêlement de protestation.
Au moins, dans l'ombre, j'ai l'impression (illusoire) d'avoir envie de rester en ce monde.

A la cruelle vérité de la lumière, je préfère l'illusion rassurante des souvenirs. Le monde d'avant. Le monde où tout allait bien, où on allait la tête haute dans des rues qui ne sentaient pas encore la mort, les charniers du lendemain.

Dans un monde en décrépitude terminale, j'ai choisi de sauver ce qu'il restait des lambeaux d'une existence, pour m'en faire un ciel de lit rassurant, une étoffe douce et confortable. Une étole, embaumant des parfums d'une magie peut-être trompeuse, mais aussi calme et tranquille qu'un cocon de soie.

Les ailes de la nuit revêtent plusieurs formes. Pour certains, elles sont arides et sèches, désert inhospitaliers. Pour d'autres, elles sont un lit accueillant où s'en aller convoler avec Morphée. Pour quelques rares, elles sont serres et griffes de torture et de géhenne.

Pour moi, elles sont un berceau accueillant où, enfin, je saurai être moi. Débarrassé des carcans d'un monde étouffant parce qu'étouffé.
Le jour je survis, majoritairement.
La nuit je vis.

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